Sans ami, comme sans famille,
Ici-bas vivre en étranger ;
Se retirer dans sa coquille
Au signal du moindre danger ;
S'aimer d'une amitié sans bornes ;
De soi seul remplir sa maison ;
En sortir suivant les saisons,
Pour faire à son prochain les cornes ;
Signaler ses pas destructeurs
Par les traces les plus impures ;
Outrager les plus belles fleurs
Par ses baisers ou ses morsures ;
Enfin, chez soi, comme en prison,
Vieillir, de jour en jour plus triste :
C'est l'histoire de l'égoîste
Et celle du colimaçon.